La supervision en visio est-elle aussi efficace qu’en cabinet ?

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En bref

Oui, la supervision en visio peut être féconde. Les quelques études qui la comparent au cabinet trouvent souvent une alliance et une satisfaction proches, mais relèvent aussi des pertes réelles : moins de non-verbal, moins de spontanéité, une expression des émotions parfois plus retenue. Ces études restent peu nombreuses et portent surtout sur des praticiens en formation. Ce qui fait la différence, c’est le cadre posé autour de l’écran.

Beaucoup de psychologues et de psychothérapeutes hésitent encore à faire leur supervision en visio. La crainte est légitime : la supervision repose sur une relation, et l’on se demande ce qu’il en reste à travers un écran. Voici ce que disent réellement les recherches, avec leurs avantages, leurs inconvénients et leurs limites, puis les conditions qui, dans la pratique, permettent à la supervision en visio de tenir ses promesses.

Ce que disent les études sur la supervision en visio

La supervision de psychothérapie par visioconférence est étudiée depuis la fin des années 1990. En 2022, une revue systématique (Andreucci-Annunziata, Mellado et Vega-Muñoz) a rassemblé les recherches empiriques sur la supervision à distance en psychothérapie, que la littérature anglophone appelle telesupervision, parfois traduit par « télésupervision ». Elle n’a retenu que cinq études, menées auprès de psychologues, de psychologues en formation, de superviseurs en formation et d’internes en psychiatrie, avec leurs superviseurs.

Ses résultats sont partagés :

  • trois études trouvent des points communs entre visio et présentiel : des supervisions jugées efficaces, des relations solides, pas de différence significative de satisfaction ni d’alliance de travail, et, dans l’une d’elles, aucune différence observée par des évaluateurs extérieurs dans la qualité du contact entre superviseur et supervisé ;
  • quatre études relèvent des différences en faveur du présentiel : certains supervisés jugent la qualité meilleure au cabinet ou le préfèrent, tout en étant prêts à refaire de la supervision en visio.

Une étude australienne sur la supervision par visioconférence de psychologues en période probatoire exerçant en zone rurale (Miller et Gibson, 2004, entretiens avec 26 psychologues) apporte un éclairage complémentaire. Les échanges y devenaient plus formels et l’écart de position entre supervisé et superviseur plus marqué. Le sentiment de présence était amoindri. Mais certains supervisés se sentaient plus libres de confier des contenus émotionnels.

Avantages, inconvénients et limites

Les avantages relevés par les études

  • L’accès à un superviseur choisi, quelle que soit la distance, et moins de temps de déplacement.
  • Une alliance et une satisfaction souvent comparables à celles du présentiel.
  • Une parole parfois plus libre : l’écran peut faciliter l’expression de certains contenus émotionnels.
  • Une supervision plus préparée : les participants d’une étude décrivent la nécessité de mieux préparer les séances et d’être plus rigoureux, ce qu’ils voient à la fois comme une contrainte et un bénéfice.

Les inconvénients

  • Moins d’indices non verbaux, avec des effets sur la spontanéité, l’expression des émotions personnelles et l’expérience d’être ensemble.
  • Des échanges plus formels, et un écart de position entre superviseur et supervisé qui peut se creuser.
  • Un sentiment d’exposition au début : certains supervisés se sentent plus vulnérables, puis s’habituent progressivement. D’autres se présentent de façon plus intellectuelle ou plus neutre.
  • Une préférence pour le présentiel chez une partie des supervisés, notamment pour les situations qui suscitent frustration ou mécontentement.
  • Les aléas techniques (décalages, coupures) et les questions de sécurité et de confidentialité des données des patients.

Les limites de ces études

  • Elles sont peu nombreuses et portent sur de petits groupes, quelques dizaines de personnes au plus.
  • Elles concernent surtout des praticiens en formation. Il existe très peu de données sur la supervision de psychologues et de psychothérapeutes expérimentés.
  • Plusieurs datent de la fin des années 1990 et du début des années 2000, avec des technologies bien moins fluides qu’aujourd’hui.
  • Aucune n’a été menée en France.

Autrement dit : les études ne montrent pas que la visio vaut le cabinet en tout point, ni qu’elle lui est inférieure. Elles montrent un format viable, avec des pertes identifiées qu’il vaut mieux connaître pour les compenser.

Ce qui ne change pas

Le cœur de la supervision reste le même : prendre le temps d’élaborer une situation clinique, comprendre ce qui se rejoue dans la relation avec le patient, différencier ce qui appartient au thérapeute de ce qui appartient au patient, reconnaître ce que la clinique nous fait vivre. Tout cela passe d’abord par la parole et par la qualité de l’écoute.

Ce qui rend la relation de supervision sûre, c’est la constance du cadre, la régularité des séances et la possibilité d’apporter ses doutes et ses erreurs sans crainte d’être jugé. Ce sont des qualités de la relation plus que du lieu.

Ce que j’observe dans ma pratique. Superviseur en visio comme au cabinet depuis plusieurs années, j’observe surtout un bénéfice pour les psychologues : disposer d’un temps pour se poser, sans courir d’un lieu à l’autre, et pouvoir choisir réellement leur superviseur pour son approche, et non pour sa proximité. Je trouve ce format plutôt confortable, et moins limitant que la psychothérapie en visio, où la communication non verbale me manque davantage.

Les conditions pour qu’une supervision en visio fonctionne

Ces repères tiennent compte des inconvénients décrits par les études et de notre pratique de la supervision à distance.

  • Un cadre explicite. Fréquence, durée, modalités d’annulation, conduite à tenir en cas de coupure : tout ce qui est clarifié en amont libère de la place pour le travail clinique.
  • Un lieu confidentiel, des deux côtés. Une pièce fermée où l’on ne sera ni entendu ni dérangé. Un casque ou des écouteurs ajoutent une protection et améliorent l’écoute.
  • Une plateforme sécurisée. On y parle de patients : mieux vaut un outil conçu pour les échanges confidentiels et conforme au RGPD qu’une application grand public.
  • Une connexion stable, et la caméra à hauteur des yeux pour que le regard se rencontre.
  • Des rituels de début et de fin. Quelques minutes pour arriver et quelques minutes pour se quitter remplacent le trajet et la salle d’attente.
  • Une attention au non-verbal et aux émotions. Puisque l’écran en transmet moins, le superviseur peut davantage nommer ce qu’il perçoit et vérifier ce que le supervisé ressent.
  • La possibilité d’alterner. Dans l’une des études, les superviseurs soulignaient l’intérêt d’alterner visio et présentiel. Quand la distance le permet, une rencontre au cabinet de temps en temps peut nourrir la relation.

Pour qui la supervision en visio est particulièrement adaptée

  • Les praticiens éloignés d’un superviseur qui leur convient, en zone rurale ou dans une ville où l’offre est limitée.
  • Les psys qui exercent à l’étranger et souhaitent une supervision en français.
  • Ceux qui veulent éviter les liens de proximité. Dans une petite ville, le superviseur local connaît parfois les mêmes institutions, les mêmes collègues, voire les mêmes patients. La visio permet de choisir un tiers vraiment extérieur.
  • Les agendas chargés, pour qui le temps de trajet ferait renoncer à une supervision régulière.

À l’inverse, si l’on se sent durablement empêché par l’écran, ou si les problèmes techniques reviennent souvent, il vaut mieux en parler en supervision et, si besoin, privilégier le cabinet. Le bon format est celui dans lequel on peut travailler.

La supervision en visio chez COHAO

Nous proposons la supervision individuelle en visio, la supervision collective en visio et la supervision de superviseurs, partout en France et à l’étranger, ou au cabinet à Montpellier. Les séances se déroulent sur une plateforme sécurisée. Pour une vue d’ensemble, voir notre guide de la supervision des psychologues et psychothérapeutes, et pour choisir, comment choisir son superviseur.

Questions fréquentes

La supervision en visio est-elle aussi efficace qu’en cabinet ?

Les quelques études disponibles trouvent souvent une alliance et une satisfaction proches, mais aussi moins de non-verbal et de spontanéité, et une préférence pour le présentiel chez certains supervisés. Elles portent surtout sur des praticiens en formation. Un cadre clair et une relation de confiance comptent beaucoup.

Faut-il avoir rencontré son superviseur en personne avant de passer en visio ?

Ce n’est pas indispensable. Quand la distance le permet, alterner visio et cabinet peut toutefois enrichir la relation.

Quel matériel faut-il pour une supervision en visio ?

Un ordinateur avec caméra, un casque ou des écouteurs, une connexion stable et une pièce où la confidentialité est assurée.

Peut-on alterner visio et cabinet ?

Oui, si la distance le permet. Certains supervisés viennent au cabinet de temps en temps et font les autres séances en visio.

Références

  • Andreucci-Annunziata, P., Mellado, A. et Vega-Muñoz, A. (2022). Telesupervision in Psychotherapy: A Bibliometric and Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 19(23), 16366.
  • Miller, R. J. et Gibson, A. M. (2004). Supervision by videoconference with rural probationary psychologists. International Journal of Innovation in Science and Mathematics Education, 11(1).
  • Études analysées par la revue de 2022, entre autres : Sørlie, T., Gammon, D., Bergvik, S. et Sexton, H. (1999). Psychotherapy supervision face-to-face and by video conferencing: A comparative study. British Journal of Psychotherapy, 15, 452–462 ; Tarlow, K. R., McCord, C. E., Nelon, J. L. et Bernhard, P. A. (2020). Comparing in-person supervision and telesupervision: A multiple baseline single-case study. Journal of Psychotherapy Integration, 30, 383–393.

Alexis Rancourt est psychologue clinicien depuis 2002, psychothérapeute et superviseur professionnel. Il a fondé COHAO, cabinet de supervision à Montpellier, et supervise des psychologues, des psychothérapeutes, des superviseurs et des équipes, au cabinet ou en visio.

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